samedi 21 novembre 2009

Le laboratoire le soir



Dans le silence de la nuit,
Un parfum d'encens tibetain,
Je voyage.
Car rose est la nuit,
Dans les Pays Lointains.

"Il était une fois l'Etoile
qui brillait dans le ciel,
et le Fou qui partit dans sa direction,
à la rencontre de la Divine Essence."

vendredi 21 août 2009

La conquête de l'espace



« Nous nous envolons dans le cosmos, préparés à tout, c’est-à-dire à la solitude, à la lutte, à la fatigue et à la mort. La pudeur nous retient de le proclamer, mais par moments nous nous jugeons admirables. Cependant, tout bien considéré, notre empressement se révèle être du chiqué. Nous ne voulons pas conquérir le cosmos, nous voulons seulement étendre la Terre jusqu’aux frontières du cosmos. Telle planète sera aride comme le Sahara, telle autre glaciale comme nos régions polaires, telle autre luxuriante comme l’Amazonie. Nous sommes humanitaires et chevaleresques, nous ne voulons pas asservir d’autres races, nous voulons simplement leur transmettre nos valeurs et en échange nous emparer de leur patrimoine. Nous nous considérons comme les chevaliers du Saint-Contact. C’est un second mensonge. Nous ne recherchons que l’homme. Nous n’avons pas besoin d’autres mondes. Nous avons besoin de miroirs. Nous ne savons que faire d’autres mondes. Un seul monde, notre monde, nous suffit, mais nous ne l’encaissons pas tel qu’il est. Nous recherchons une image idéale de notre propre monde ; nous partons en quête d’une planète d’une civilisation supérieure à la nôtre, mais développée sur la base du prototype de notre passé primitif. »
Stanislas Lem « Solaris », 1961

vendredi 31 juillet 2009

Glenn Gould, une fin d’après-midi d’été




« Il faut écouter Glenn Gould de très près, de préférence une fin d’après-midi d’été, devant un paysage ouvert sur l’océan, les oiseaux, le sel. Le vieux Bach sourit. Vous entrez avec lui dans la nature, vous la devenez dans ses moindres détails, brins d’herbe, cailloux, becs, ailes, marée, lumière à droite et à gauche. Le cerveau a deux mains directes, elles sont là, indépendantes, vous êtes réveillé du grand sommeil. Appel, prière, course, sarabande. « Le Ciel affermit, la Terre abrite, les Saisons développent, le Saint imite. » Impossible d’être plus exactement concentré et plus libre. Les notes sont des nombres, vous êtes chiffré. Une mouette plane vers vous pour une bénédiction furtive. »
Philippe Sollers, « Les Voyageurs du Temps », 2009.

jeudi 10 janvier 2008

Radiohead « Scotch mist »


Radiohead joue live l’intégralité de l’album In rainbows.
http://current.com/items/88803042_radiohead_s_scotch_mist

Bonne année 2008 !

Isabelle

lundi 5 novembre 2007

In Rainbows de Radiohead (1ère partie)


1. "15 Step" – 3:57
2. "
Bodysnatchers" – 4:02
3. "
Nude" – 4:15
4. "
Weird Fishes/Arpeggi" – 5:18
5. "
All I Need" – 3:48
6. "
Faust Arp" – 2:09
7. "
Reckoner" – 4:50
8. "
House of Cards" – 5:28
9. "
Jigsaw Falling into Place" – 4:09
10. "
Videotape" – 4:39


Quelques jours après sa « sortie », j’ai acheté et téléchargé le dernier opus studio du groupe Radiohead sur le site http://www.inrainbows.com/.
Dix ans après l’immense succès d’OK Computer, l’album qui fit date dans l’Histoire du rock et qui installa le son Radiohead, Thom Yorke et ses Oxfordiens renouvellent et dépassent leur exploit d’alors.
In Rainbows est une superbe composition. Il ravira tous ceux qui comme moi suivent le groupe et l’adorent depuis leur génial Kid A. Quant aux autres, peut-être moins sensibles aux expérimentations électroniques, ils apprécieront la mélodie doublée de l’émotion d’une Voix.

Suite créatrice logique, à la fois prolongement et élévation, les dix titres qui sont autant de joyaux ciselés forment un tout très homogène. Electro et boîtes à rythme associées à l’acoustique ; guitares, cordes, piano et la voix toujours aussi émotionnelle dont Thom Yorke se sert comme d’un instrument.
Rien ne fait défaut. Rien n’est de trop. Pure élégance toute en retenue. La musique de Thom Yorke et de ses quatre complices a la beauté d’une formule mathématique d’Einstein.

C’est vertigineux, romantique, inspiré, gracieux, mystérieux. En un mot : magnifique. L’oreille, le cerveau et le corps entier se laissent conduire dans des territoires inexplorés où règnent un sentiment extasié, une conscience assurée.
Un souffle traverse l’album. Et grâce aux arcs-en-ciel, l’abîme, je crois, est franchi.

Les mélodies sublimes n’ont rien de désespéré, si ce n’est les lyrics qui transposent le désordre du monde, les aliénations modernes et le malaise généralisé. Car l’album est bien de notre époque et Thom Yorke ballade plus que jamais son physique troublant de Petit Prince à la fêlure manifeste.
Dans une fulgurance dont Radiohead a le secret, le politique et l’intime se rejoignent. Et le chanteur se fait alors le vecteur des angoisses de l’homme arraché à la Terre par la technique, de cet homme contraint à « être » dans un environnement de plus en plus hostile à la vie.
Pourtant, et plus que jamais dans In Rainbows, Thom Yorke est notre poète en temps de détresse.Si la poésie aveuglante de l’œuvre est exaltée par une virtuosité vocale désormais légendaire, par l’épure des morceaux voilant la richesse infinie des arrangements, c’est par la fragilité, dont émanent non pas, non plus, une tristesse profonde émaillée de parenthèses mais une évidence calme et une confiance révélée, qu’In Rainbows nous sauve.

Radiohead a commencé son travail en studio en février 2005. Comme de coutume la créativité du groupe est impressionnante et les possibilités infinies confinent à la folie et au chaos. Réduire les options et fixer une chanson relève alors du défi. Ainsi, ce n’est qu’après une longue gestation, menaçante et effrayante pour la survie du band, que la perfection est atteinte ; une divine perfection car In Rainbows est leur septième création.
Le 7 est un nombre sacré. C’est l’esprit, le 3, en action dans la matière, le 4. Le 7 est associé à Saturne/Uranus car il annonce une initiation, une possibilité d’accès à une réalité supérieure et transcendante. Dès lors, il me plaît d’imaginer que ces arcs-en-ciel dessinent des ponts aux sept couleurs franchissant l’abîme pour se fondre dans la lumière blanche.

Les 10 titres durent 43 minutes. Encore le 3 et le 4. Quant au 10, il symbolise l’achèvement d’un cycle et le début d’un autre. Le 10 représente aussi l’unité (Dieu ou la cause première) et le cercle (l’œuf ou le zéro qui contient tous les nombres). Il traduit l’univers manifesté : l’ensemble des dix zéphiroth de la Kabbale et aussi plus spécifiquement la dixième : Malkuth, le Royaume. Le 10, c’est encore le fameux code binaire.
In Rainbows est sorti le 10 octobre 2007, soit le 10.10.2007. 2 fois le 10 qui donne 20 : la fin d’un cycle qui ouvre sur une mutation. Et encore le 7 dont la somme kabbalistique est égale à 28 qui se réduit à 10. Ou bien : 2 fois le 10 symbolisant la transformation et 9 (2+7), le nombre de la perfection engendrant une crise seule à permettre un changement et un dépassement ouvrant sur un monde nouveau.

N’étant plus en contrat avec sa maison de disques EMI depuis 2006, Radiohead propose les 10 titres d’In Rainbows en téléchargement à un prix laissé au libre choix de l’acheteur. Certes, de la musique a déjà été proposée sur la toile, soit gratuitement, soit à prix fixé. Mais jamais encore pour une somme à la discrétion de l’acheteur. Ce faisant Radiohead pose clairement la question de la valeur de la musique en tant que création d’un auteur.
S’il s’agit d’une première, c’est aussi parce que Radiohead est l’un des plus grands, si ce n’est Le plus grand groupe de rock au monde, et qu’il est commercial.
Ainsi au-delà du coup marketing, un nouveau modèle économique est en train de naître dans le secteur de la musique : « directement du musicien au consommateur », court-circuitant de la sorte les maisons de disques si décriées ces dernières années et constituant une réponse malicieuse au peer to peer. Car chacun sait qu’en réalité ce ne sont plus les albums qui rapportent de l’argent, mais les concerts qui voient leurs prix s’envoler. Il n’est pas donc certain que le consommateur mélomane ait beaucoup à gagner de ce nouveau modèle, d’autant que la musique téléchargée n’a pas la qualité du bon vieux CD et encore moins de son ancêtre le vinyle.



Nude

Don’t get any big ideas
they’re not gonna happen
You paint yourself white
and feel up with noise
but there’ll be something missing

Now that you’ve found it, it’s gone
Now that you feel it, you don’t
You’ve gone off the rails

So don’t get any big ideas
they’re not going to happen
You’ll go to hell for what your dirty mind is thinking


A suivre : Thom Yorke, leader de Radiohead (2ème partie)

dimanche 16 septembre 2007

L'univers des créateurs

Depuis toujours, je crois, je feuillette les magazines littéraires, de musique et d’art, je regarde des documentaires, je lis des biographies, des autofictions, des récits, des entretiens. Parfois aussi, je voyage à la rencontre de ce qui nourrit et stimule ma créativité, tel un peintre va sur le motif. Car j'aime découvrir l'univers des artistes, celui des véritables créateurs, et plus particulièrement celui des écrivains, des musiciens et des peintres.

Quels sont leurs lieux de prédilection?

Dans quelle pièce écrivent-ils?

Dans quel paysage rêvent-ils?

La Grèce d'Henri Miller ou de Michel Déon, l'Italie du Sud de Dominique Fernandez, la Venise de Philippe Sollers. Ou bien la Petite Plaisance de Marguerite Yourcenar, le Berry de George Sand, et même le Creusot de Christian Bobin et The Idea of North de Glenn Gould.

Sont-ils des maniaques de l'ordre ou au contraire des adeptes d'un désordre ordonné?
Classent-ils soigneusement leurs livres et leurs manuscrits ou les empilent-ils négligemment sur leur table de travail, et jusque par terre dans tous les recoins de leur bureau ou de leur appartement?
Dominique Rolin à propos de Philippe Sollers, alias Jim dans ses romans : « Un ordre intellectuel. Piles de livres ou de manuscrits rangés avec un sens de la structure du cerveau. Pas de désordre, chez lui. Appartement rangé. Il a horreur du désordre. »
Un écrivain, dont j’ai oublié le nom, aligne sur une table réservée à cet effet des chemises très colorées dans lesquelles « travaillent » ses œuvres en cours de composition avec, posé dessus, un galet ; cerbère silencieux et minéral vivant.

S'entourent-ils de souvenirs personnels, de photos ; objets incitant à l’introspection ou au contraire dispositifs invitant aux voyages lointains?
D’autres avant moi se sont interrogés : « Je me suis toujours demandé où les écrivains se trouvaient physiquement lorsqu’ils rédigeaient leurs mémoires. Le lieu revêt une importance moindre pour les œuvres de fiction car le véritable espace d’un roman n’est qu’une vue de l’esprit ; tandis que les mémoires naissent de milliers de correspondances, induites par la présence d’objets réels dans la pièce » écrit Gore Vidal dans « Palimpseste ».

Leur univers est-il clair ou sombre ?
Dans la phase préparatoire à l’écriture de son « Retour à Zornhof », Gérard Oberlé a raconté qu’il écoutait dans sa voiture le « Winterreise » de Hans Zender, une adaptation moderne des fameuses mélodies de Schubert, tout en traversant la forêt lorraine de son enfance.

Encre (noire ou bleue ?) et papier (carnets, cahiers, feuilles blanches ?)
ou ordinateur et traitement de texte?
Philippe Sollers sur lui-même dans son « Dictionnaire amoureux de Venise » : « l’auteur a toujours dit qu’il écrivait à la main, avec un stylo rempli d’encre bleue achetée chaque fois, depuis quarante ans, à Venise, et que cette répétition avait pour lui une signification fortement magique ».

Il y a longtemps que je ne suis pas allée respirer l’air de Venise. La prochaine fois, je ramènerai un peu de cette fameuse encre bleue que j’espère trouver grâce aux quelques indices laissés par l’auteur et j’irai m’asseoir en fin d’après-midi sur un banc de l’église des Gesuati dans le quartier de Dorsodoro.

New-York, un jour peut-être, si je surmonte l’idée de me trouver enfermée de nombreuses heures dans un avion. Y croiser Philip Glass et sentir l’influence de tous ces intellectuels et artistes qui ont vécu, séjourné ou qui vivent encore, dans la ville de la verticalité. Ce sera fort, j’en suis certaine.